Il a suffi d'un regard en coin, d'un logement jugé trop petit ou d'une absence de sourire au mauvais moment pour lui arracher son fils.
Ma cliente, mère célibataire, a vu son fils de 9 ans placé à deux reprises en famille d'accueil. La première, parce que l'école s'inquiétait de ses vêtements usés, de son agitation. La deuxième, parce que des voisins avaient indiqué qu'il arrivait que l'enfant rentre seul de l'école et reste seul à la maison pendant 1 heure en attendant le retour de sa mère.
Après avoir rencontré mère et fils au domicile familial, les travailleurs sociaux ont prétendu dans leur rapport que le logement était exigu et négligé, que l'enfant et la mère n'avaient eu aucun geste affectueux l'un envers l'autre, que la mère était sur la défensive au cours de l'entretien.
D'après eux, l'environnement familial représentait un danger pour l'éducation, la moralité et le développement psychologique de cet enfant. Ils ont alors préconisé son placement dans une famille d'accueil, ce à quoi le juge des enfants a fait droit.
À chaque fois, j'ai fait appel. À chaque fois, nous avons gagné devant la Cour d'appel et l'enfant a été restitué à sa mère.
Mais pendant des mois, en attendant la décision de la Cour d'appel, cet enfant a été loin de sa mère, placé chez des inconnus, privé d'amour de manière injustifiée.
Cette valeureuse dame s'est effondrée en silence, puis s'est relevée à chaque fois.
Elle est revenue me voir quinze ans plus tard pour un autre dossier et m'a donné des nouvelles de son fils qui a désormais 25 ans. Il est ingénieur, papa, amoureux de la vie.
Il ne sait peut-être pas à quel point il a frôlé une autre existence. Mais il sait que sa mère ne l'a jamais abandonné.
Cette affaire m'a marquée, car un tiers des sans-abris en France sont d'anciens enfants placés.
Ce que cette mère a sauvé, ce n'est pas juste un lien familial. C'est une vie.